portfolio artistique
 
Uneminute.netL'ovnis du mois, par Jean-Luc Abelard, Le Monde Interactif, Mai 2002

“ Carnet de croquis ”, ce site rassemble, dans un cadre dépouillé, de courtes vidéos tantôt contemplatives, tantôt ludiques, tantôt critiques. A l’origine d’Uneminute, une volonté singulière : “ faire des images vidéo purement photographiques ”. Car Pascal Martinez, auteur du site avec Pascal Guillermin, concepteur multimédia, se définit avant tout comme un photographe. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de la photographie, il expose en Espagne et à Arles, puis se tourne vers l’image animée avec Ce corps. Histoire. Des. J’. Cette vidéo, présentée dans plusieurs festivals, combine un diaporama de photographies avec des textes défilant à l’écran, ou lus par différentes personnes. Cette première tentative de “ relier la photographie à la vidéo ” s’accompagne bientôt d’un nouvel essai : des films d’une minute constitués d’ “ images avec des mouvements très légers “.
Pourquoi une durée aussi limitée ? “ Une minute représente une notion de temps court où il doit se passer quelque chose ”, estime l’auteur, qui ajoute : “ Cette durée permet au spectateur de visualiser et de comprendre l’action. Il rentre dans le sujet et n’a peut-être pas le temps de se lasser. ” Dès la première “ minute de Pascal ”, datée du 10 janvier 2001, le ton est posé : il s’agit d’un plan-séquence d’un ciel bleu, où “ il ne se passait absolument rien ” sur le plan visuel, mais où le son –bruits de voiture, cris – s’opposait à la tranquillité de l’image. Désirant la transmettre à ses amis, Pascal Martinez envisage d’abord le courrier électronique. Mais devant la taille imposante des fichiers vidéo, il décide plutôt de mettre sur pied un site dédié, Uneminute.net. Lancé en février 2001, celui-ci prend son rythme de croisière en septembre de la même année, avec des mises à jour hebdomadaires.

Avec le temps, le projet initial a légèrement évolué. Toujours filmées en plans-séquences, de nombreuses vidéos sont désormais moins statiques. Le registre des thèmes abordés s’est élargi, avec, de l’aveu même de leur créateur, trois types d’œuvres : “ des sortes de performances ” (La Couette musicale, Mon pull me donne la pêche), des “ anecdotes personnelles ” (My girl is Funky, Bilal’s Brother), “ des regards contemplatifs ”  (Début janvier, Néoasis). Mais les principes sont restés les mêmes : démarche totalement spontanée, importance des titres. Pour évoquer ceux-ci, Pascal Martinez en revient, toujours, à la photographie : “ Comme un montage d’images, [ils] me permettent de jouer avec le sens visuel. (...) Le très beau néon Jacinto sur l’autoroute devient vraiment une source alimentaire. ” Et souligne : ” Très souvent, quand je tourne, j’ai déjà le titre à l’esprit ”.

Par petites touches, l’artiste construit ainsi un univers cohérent, d’où se dégage, par l’inversion de notre regard usuel, une certaine poésie du quotidien. Les objets y sont considérés comme des êtres vivants (ainsi deux balais deviennent-ils des “ titans ”), le mobilier urbain se rapproche de la nature (un lavabo se mue en “ cascade domestique ”). Les humains n’en sont toutefois pas absents, avec des instantanés que l’auteur rapproche “ de conversations interceptées par hasard ”. Une comparaison tout sauf innocente, dans la mesure où il considère le Web comme “ une solution souvent efficace au voyeurisme ”.